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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 07:57

Des recherches familiales m'ont conduite  à m'intéresser sur qui était Trotsky, son action ou plutôt ses actions.

Je vous mets ici quelques copiés collés, pensant que cela pouvait être intéressant de découvrir d'un oeil nouveau, ce que pensait de l'antisémitisme Trotsky, ses actions, ses propositions, ses averstissements réitérés et prémonitoires de l'imminence de l'anéantissement des Juifs.

Ses appels à la vigilance, à une prise de conscience m'ont paru plus qu'appropriés aujourd'hui.

 

http://www.mondialisme.org/spip.php?article269

 

"LE NAZISME 

 

Trotsky fut sans nul doute le pre­mier diri­geant poli­ti­que (toutes ten­dan­ces confon­dues) à mettre en garde le monde contre deux dan­gers représentés par la montée du nazisme : une nou­velle guerre mon­diale et l’exter­mi­na­tion phy­si­que des Juifs.

 

En juin 1933, Trotsky écrivait que « Le temps néc­ess­aire à l’arme­ment de l’Allemagne dét­er­mine le délai qui nous sépare d’une nou­velle catas­tro­phe europé­enne. Il ne s’agit ni de mois, ni de déc­ennies. Quelques années seront suf­fi­san­tes pour que l’Europe se retrouve à nou­veau plongée dans la guerre, si les forces intéri­eures de l’Allemagne ne par­vien­nent pas à en empêcher à temps Hitler (75) »

 

    Le brus­que revi­re­ment des chefs nazis, qui se mirent à tenir des propos paci­fis­tes, ne pou­vait étonner que les « naïfs incu­ra­bles ». Les nazis n’avaient pas d’autre solu­tion que recou­rir à la guerre pour faire endos­ser la res­pon­sa­bi­lité des dés­astres intérieurs à des enne­mis extérieurs.

     Comme l’écrit Volkogonov : « Trotsky avait prédit la Seconde Guerre mon­diale au début des années 30 (76). »

 

    Pour Trotsky, le méd­iocre Hitler ne créa ni poli­ti­que, ni théorie pro­pres : il emprunta sa mét­ho­do­logie poli­ti­que à Mussolini qui connais­sait suf­fi­sam­ment bien la théorie de la lutte des clas­ses de Marx pour l’uti­li­ser contre la classe ouvrière. Quant à ses théories racia­les, il les devait aux thèses racis­tes d’un diplo­mate et écrivain français, le comte de Gobineau.

     L’habi­leté poli­ti­que de Hitler consista à tra­duire « l’idéo­logie du fas­cisme dans la langue de la mys­ti­que alle­mande » et à mobi­li­ser ainsi, comme Mussolini le fit en Italie, les clas­ses moyen­nes contre le prolé­tariat (seul capa­ble de stop­per l’avancée nazie).

    Selon Trotsky, avant de deve­nir un pou­voir d’État, le natio­nal-socia­lisme n’avait pra­ti­que­ment pas accès à la classe ouvrière. D’autre part, la grande bour­geoi­sie, même celle qui sou­te­nait finan­ciè­rement le natio­nal-socia­lisme, ne le considérait pas non plus comme son parti. Pour se hisser au pou­voir, le nazisme s’appuya sur une autre base sociale : la petite bour­geoi­sie, ané­antie et paupérisée par la crise en Allemagne. C’est aussi dans ce milieu que les mythes antisé­mites trouvèrent le ter­rain le plus fer­tile.

 

    « Le petit bour­geois a besoin d’une ins­tance supéri­eure, placée au-dessus de la matière et de l’Histoire, protégée de la concur­rence, de l’infla­tion, de la crise et de la vente aux enchères. Au dével­op­pement, à la pensée éco­no­mique, au ratio­na­lisme - aux XXe, XIXe et XVIIIe siècles - s’oppo­sent l’idéal­isme natio­na­liste, source du prin­cipe héroïque. La nation d’Hitler est l’ombre mytho­lo­gi­que de la petite bour­geoi­sie elle-même, son rêve pathé­tique d’un royaume mil­lén­aire sur terre. Pour élever la nation au-dessus de l’his­toire, on lui donne le sou­tien de la race. L’Histoire est présentée comme une éma­nation de la race. Les qua­lités de la race sont cons­trui­tes indép­end­amment des diver­ses condi­tions socia­les. En reje­tant la dimen­sion éco­no­mique comme vile, le natio­nal-socia­lisme des­cend un étage plus bas : du matér­ial­isme éco­no­mique, il passe au matér­ial­isme zoo­lo­gi­que (…). Les nazis excluent du système éco­no­mique actuel le capi­tal usu­rier et ban­caire, comme s’il s’agis­sait d’une force démon­iaque. Or, c’est précisément dans cette sphère, comme chacun sait, que la bour­geoi­sie juive occupe une place impor­tante. Tout en se pros­ter­nant devant le capi­ta­lisme dans son ensem­ble, le petit bour­geois déc­lare la guerre à l’esprit malé­fique de l’accu­mu­la­tion, per­son­ni­fié par le Juif polo­nais au long man­teau mais qui, bien sou­vent, n’a pas un sou en poche. Le pogrom devient alors la preuve indén­iable de la supér­iorité raciale (77). »

 

     La véri­table raison de la vic­toire d’Hitler, selon Trotsky, ne fut pas la force de son idéo­logie mais l’absence de solu­tions alter­na­ti­ves : « Il n’y a pas la moin­dre raison de voir la cause de ces échecs [des Internationales socia­liste et com­mu­niste, A.C.] dans la puis­sance de l’idéo­logie fas­ciste. Mussolini n’a jamais eu, au fond, la moin­dre idéo­logie.

    L’idéo­logie de Hitler n’a jamais séri­eu­sement influencé les ouvriers. Les cou­ches de la popu­la­tion dont le fas­cisme a, à un moment donné, tourné la tête, c’est-à-dire avant tout les clas­ses moyen­nes, ont eu le temps de se dég­riser. Si, néanmoins, une oppo­si­tion tant soit peu nota­ble se limite aux milieux clé­ricaux, pro­tes­tants et catho­li­ques, la cause ne réside pas dans la puis­sance des théories semi-délir­antes, semi-char­la­ta­nes­ques de la "race" et du "sang", mais dans la faillite effroya­ble des idéo­logies de la démoc­ratie, de la social-démoc­ratie et de l’Internationale com­mu­niste (78). »

 

     Le second pro­nos­tic de Trotsky - l’exter­mi­na­tion des Juifs - est lié  à son pro­nos­tic du décl­enc­hement d’une nou­velle guerre mon­diale, mais n’en dépend pas.

    En 1938, Trotsky affir­mait que « le nombre de pays qui expul­sent les Juifs ne cesse de croître. Le nombre de pays capa­bles de les accueillir dimi­nue (…)

    Il est pos­si­ble d’ima­gi­ner sans dif­fi­culté ce qui attend les Juifs dès le début de la future guerre mon­diale. Mais, même sans guerre, le pro­chain dével­op­pement de la réaction mon­diale signi­fie pres­que avec cer­ti­tude l’exter­mi­na­tion phy­si­que des Juifs(79) ».

 

    Ces lignes furent rédigées, comme nous le rap­pelle Harari, « bien avant que les fours de Hitler com­men­cent à fonc­tion­ner, lors­que le monde entier était indifférent au pro­blème des Juifs (80) ».

 

    Dans le même arti­cle de déc­embre 1938, Trotsky ne met pas seu­le­ment en garde contre le danger de l’exter­mi­na­tion des Juifs mais éga­lement contre l’immi­nence de cette catas­tro­phe ; il appelle tous les éléments pro­gres­sis­tes à aider la révo­lution mon­diale.

    Cette tâche devient pres­que obli­ga­toire pour les Juifs, y com­pris la bour­geoi­sie juive, car au moment où la Palestine se révèle un « tra­gi­que mirage », le Birobidjan une « farce bureau­cra­ti­que » et où l’Europe et l’Amérique fer­ment leurs fron­tières à l’immi­gra­tion juive, seule la révo­lution peut les sauver du mas­sa­cre : « La Quatrième Internationale a été la pre­mière à dén­oncer le danger du fas­cisme et à indi­quer la voie du salut.

    Elle appelle les masses popu­lai­res à ne pas se faire d’illu­sions et à affron­ter ouver­te­ment la réalité menaç­ante. Il n’est de salut que dans la lutte révo­luti­onn­aire (…). Les éléments pro­gres­sis­tes et pers­pi­ca­ces du peuple juif doi­vent venir au secours de l’avant-garde révo­luti­onn­aire. Le temps presse. Désormais, un jour équivaut à un mois ou même à une année. Ne tardez pas à agir (81). »

 

    Contrairement aux auteurs qui affir­ment que le pro­nos­tic de Trotsky, si précis soit-il, n’avait pas d’impli­ca­tions pra­ti­ques ou que Trotsky ne pro­posa pas de solu­tions à la hau­teur de ses pré­visions (82), Peter Buch écrit que « pour Trotsky, il n’était pas ques­tion d’"atten­dre" le socia­lisme. Des mesu­res pra­ti­ques étaient néc­ess­aires pour sauver les Juifs des bou­chers nazis.

    Avec l’échec de la révo­lution socia­liste en Europe, seule une puis­sante cam­pa­gne inter­na­tio­nale des­tinée à dév­oiler les véri­tables plans de Hitler et à forcer les pays occi­den­taux - notam­ment les États-Unis et l’Angleterre - à ouvrir leurs portes et à offrir l’asile aux Juifs, pou­vait aider les Juifs.

    Trotsky pro­posa une action mas­sive en faveur de la demande d’asile des Juifs menacés. Une telle requête était capa­ble d’unir tous les vrais oppo­sants au fas­cisme, révo­luti­onn­aires ou non, dans un mou­ve­ment de masse qui aurait pu sauver des mil­lions de Juifs des cham­bres à gaz (83) ».

    Trotsky ne considérait pas la menace de l’exter­mi­na­tion des Juifs comme un pro­duit des caractér­is­tiques intrinsèques et plu­risé­culaires du peuple alle­mand - comme l’affir­ment cer­tains his­to­riens du nazisme et plus réc­emment Daniel J. Goldhagen (84) - mais comme un pro­blème créé par le capi­ta­lisme puis­que « la ques­tion juive est la plus cri­ti­que dans le plus capi­ta­liste des pays européens, l’Allemagne (85) ».

 

    Isaac Deutscher rap­pelle que, « dans une phrase mémo­rable, motivée par la pré­mo­nition des cham­bres à gaz, Trotsky a ainsi résumé l’essence du nazisme : "Tout ce que la société, si elle s’était développée nor­ma­le­ment (par exem­ple, en direc­tion du socia­lisme), aurait dû expul­ser (…) comme l’excrément de la culture, elle est en train de le rég­ur­giter : la civi­li­sa­tion capi­ta­liste vomit aujourd’hui la bar­ba­rie non digérée" (86) ».

 

    Trotsky évoqua aussi le danger de l’antisé­mit­isme aux Etats-Unis, si jamais il deve­nait aussi intense ou pire qu’en Allemagne :

    « La vic­toire du fas­cisme dans ce pays [la France, A.C.] signi­fie­rait le ren­for­ce­ment de la réaction, et l’essor mons­trueux de l’antisé­mit­isme vio­lent dans le monde entier, sur­tout aux États-Unis(87) ». Ceux qui ne par­vien­nent pas à expli­quer des pas­sa­ges comme celui-ci les oublient symptôm­ati­quement ou les tour­nent en ridi­cule.

     Dans une lettre adressée à Glotzer le 14 février 1939, Trotsky va plus loin dans cette pré­vision de l’irrup­tion d’un antisé­mit­isme vio­lent aux Etats-Unis : « Il y a 400 000 Juifs en Palestine, mais Ruskin et ses asso­ciés prét­endent y emme­ner 500000 per­son­nes sup­plém­ent­aires. (Comment ? Quand ?) Je lui rép­ondis qu’ils étaient en train de pré­parer un guet-apens aux Juifs pales­ti­niens.

Avant de transférer ces 500 000 per­son­nes, sur­gira une ques­tion pales­ti­nienne interne avec les 2 500 000 Juifs nord-amé­ricains. Le déclin du capi­ta­lisme amé­ricain entraî­nera un essor de plus en plus ter­ri­ble de l’antisé­mit­isme aux États-Unis - en tout cas, plus impor­tant qu’en Allemagne.

Si la guerre éclate, et elle écla­tera, de nom­breux Juifs seront les pre­mières vic­ti­mes de la guerre et ils seront pra­ti­que­ment exter­minés. » Si d’une part Glotzer loue la pres­cience de Trotsky - lorsqu’il aborde sa pré­vision de la Solution finale - il ridi­cu­lise sa vision de l’antisé­mit­isme aux États-Unis : « Trotsky était très loin de la réalité amé­ric­aine. Dans ce cas-là, ses abs­trac­tions le des­ser­vi­rent » (88). »

      Enzo Traverso rap­pelle que Trotsky dénonçait inlas­sa­ble­ment la fer­me­ture des fron­tières europé­ennes et amé­ric­aines à l’immi­gra­tion juive - action cri­mi­nelle des démoc­raties occi­den­ta­les à la hau­teur du ban­di­tisme nazi.

    Par conséquent, « la référ­ence impli­cite aux États-Unis, qui refu­saient d’accueillir les Juifs européens menacés par Hitler, dém­ontre que Trotsky voyait dans l’antisé­mit­isme un pro­duit du système impér­ial­iste dans son ensem­ble, et non pas exclu­si­ve­ment la conséqu­ence du délire nazi (89) ».

    Rappelons éga­lement que les démoc­raties occi­den­ta­les ne furent pas les seules à fermer leurs fron­tières à l’immi­gra­tion juive fuyant le nazisme.

« Avant la signa­ture du pacte Hitler-Staline, pen­dant la persé­cution des Juifs en Allemagne, en Autriche et en Tchécoslovaquie, l’URSS sta­li­nienne avait été le seul pays européen - même l’Espagne fran­quiste accor­dait le droit d’asile aux Juifs - à refu­ser l’asile aux Juifs persécutés par Hitler (90). »

 

    En mai 1940, Trotsky convo­qua une Conférence d’alarme de la Quatrième Internationale.

    Dans « La guerre impér­ial­iste et la révo­lution prolé­tari­enne mon­diale », docu­ment issu de cette confér­ence, on peut lire l’un de ses der­niers com­men­tai­res sur la « ques­tion juive » et son inser­tion dans le pro­blème plus général du destin de l’huma­nité dans sa glo­ba­lité :

    « Le monde du capi­ta­lisme décadent est sur­peu­plé. La ques­tion de l’admis­sion d’une cen­taine de réfugiés sup­plém­ent­aires devient un pro­blème majeur pour une puis­sance mon­diale comme les États-Unis. A l’ère de l’avia­tion, du télég­raphe, du télép­hone, de la radio et de la télé­vision, les voya­ges d’un pays à l’autre sont para­lysés par les pas­se­ports et les visas.

    Le gas­pillage occa­sionné par le com­merce mon­dial et le déclin du com­merce natio­nal coïn­cident avec une mons­trueuse inten­si­fi­ca­tion du chau­vi­nisme et par­ti­cu­liè­rement de l’antisé­mit­isme. A l’époque de son ascen­sion, le capi­ta­lisme a sorti le peuple juif du ghetto et en a fait l’ins­tru­ment de son expan­sion com­mer­ciale. Aujourd’hui, la société capi­ta­liste en déclin essaie de pres­ser le peuple juif par tous ses pores : dix-sept mil­lions d’indi­vi­dus sur les deux mil­liards qui habi­tent la terre, c’est-à-dire moins de un pour cent, ne peu­vent plus trou­ver de place sur notre planète ! Au milieu des vastes étendues de terres habi­ta­bles et des mer­veilles de la tech­ni­que qui a conquis pour l’homme le ciel comme la terre, la bour­geoi­sie s’est arrangée pour faire de notre planète une abo­mi­na­ble prison (91) . »

 

    Conclusion

     Trotsky n’a pas abon­dam­ment écrit sur la « ques­tion juive ». Une bro­chure suf­fi­rait à regrou­per l’ensem­ble de tous ses écrits, y com­pris les entre­tiens et les para­gra­phes extraits d’arti­cles qui ne sont pas consa­crés exclu­si­ve­ment à la « ques­tion juive ». Ses réflexions sur le sujet s’étalent sur une longue pér­iode, de 1903 à 1940.

    De nom­breux auteurs affir­ment qu’au cours de ces trente-sept années, le point de vue de Trotsky sur la « ques­tion juive » a évolué.

    Selon Ernest Mandel, Trotsky serait passé d’une vision assi­mi­la­tion­niste typi­que­ment semi-inter­na­tio­na­liste (« la conso­li­da­tion du système bour­geois de pro­duc­tion et de la société bour­geoise conduira iné­vi­tab­lement à l’éman­ci­pation juive (…) et à son assi­mi­la­tion ») à une vision qui dép­assait celle de Marx et Engels (92).

    Enzo Traverso affirme que « le chan­ge­ment de pers­pec­tive entre 1933 et 1938 ne peut être expli­qué seu­le­ment par un appro­fon­dis­se­ment de sa réflexion théo­rique sur l’antisé­mit­isme : il relève aussi d’une dicho­to­mie inhér­ente à la pensée de Trotsky. Il s’agit de la contra­dic­tion entre sa "phi­lo­so­phie spon­tanée", faite d’une adhésion super­fi­cielle à la tra­di­tion phi­lo­so­phi­que du marxisme de la Deuxième Internationale (tra­di­tion dominée par les figu­res de Plekhanov et de Kautsky), et sa rup­ture pra­ti­que, c’est-à-dire non systé­matisée, avec toute forme de marxisme posi­ti­viste et évo­luti­onn­iste (93) ».

     En aban­don­nant sa posi­tion ini­tiale - la croyance en la pos­si­bi­lité de l’assi­mi­la­tion des Juifs et la défi­nition de l’antisé­mit­isme comme un ves­tige de l’ère méd­iévale, syno­nyme de retard et d’igno­rance - Trotsky serait passé à une vision « plus lucide », vision qui allait déf­endre la solu­tion ter­ri­to­riale et ver­rait dans l’antisé­mit­isme l’expres­sion extrême de la bar­ba­rie moderne.

    Pour Pierre Vidal-Naquet : « de tous les grands diri­geants marxis­tes du XXe siècle, Trotsky est pro­ba­ble­ment celui qui s’appro­che le plus, à la fin de sa vie, d’une vision lucide de la ques­tion juive et de la menace nazie (94) ».

     Certes, Trotsky aban­donna l’idée de l’assi­mi­la­tion de Juifs, for­mula l’idée de cons­truc­tion natio­nale juive au sein d’une société com­mu­niste avancée et inclut (comme Lénine) dans son ana­lyse de l’antisé­mit­isme la notion d’une « dis­til­la­tion chi­mi­que­ment pure de la culture impér­ial­iste » - expres­sion de la moder­nité et de la décad­ence mêmes de la société capi­ta­liste, et non plus simple ves­tige cultu­rel d’une société passée (cette affir­ma­tion ne rend pas les autres cadu­ques). Il cessa de faire des déc­la­rations du type « l’antisé­mit­isme dis­pa­raîtra lors­que le capi­ta­lisme dis­pa­raîtra » et affirma que le prolé­tariat ferait tout, lorsqu’il serait maître de la planète, pour garan­tir la fin de l’antisé­mit­isme et la réso­lution de la ques­tion juive.

Mais cette évo­lution n’a pas modi­fié la vision fon­da­men­tale de Trotsky au sujet de la « ques­tion juive » qui fut tou­jours asso­ciée au destin de la révo­lution prolé­tari­enne mon­diale.

    L’arti­cle de Trotsky, daté de 1913, sur la poli­ti­que de Bismarck en Roumanie, ana­lysé ci-dessus, dém­ontre que Trotsky avait une vision claire de l’uti­li­sa­tion des Juifs en fonc­tion des manœuvres et cons­pi­ra­tions poli­ti­ques inter­na­tio­na­les entre les nations les plus avancées - par les poli­ti­ciens des nations où les Juifs étaient en train de s’ « intégrer » à la popu­la­tion locale depuis des déc­ennies - comme c’était le cas en Allemagne. L’assi­mi­la­tion des Juifs ne leur garan­tis­sait même pas la prés­er­vation de leurs droits civi­ques.

    Et c’est jus­te­ment parce que la vision de Trotsky n’a jamais été « assi­mi­la­tion­niste » à outrance, qu’il ne mar­gi­na­li­sait pas le mou­ve­ment ouvrier juif (comme l’avait fait la Deuxième Internationale avant 1914).

    Dès 1903-1904, Trotsky croit que le mou­ve­ment ouvrier juif en tant que tel a un rôle impor­tant à jouer en agis­sant conjoin­te­ment avec l’ensem­ble du mou­ve­ment ouvrier et au sein des mou­ve­ments ouvriers des différents pays. Dans ses pre­miers écrits - « La désint­égration du sio­nisme et ses pos­si­bles suc­ces­seurs » (1903) et « La ques­tion juive en Roumanie et la poli­ti­que de Bismarck » (1913) - Trotsky va plus loin lorsqu’il écrit que « l’intel­li­gent­sia » et les sec­teurs intermédi­aires de la popu­la­tion juive, y com­pris ceux qui for­maient partie du mou­ve­ment sio­niste, devraient sou­te­nir la social-démoc­ratie car elle seule lut­te­rait pour les droits des Juifs.

    Dans les années 30, lorsqu’on calom­nia Trotsky en assu­rant qu’il rece­vait de l’argent des Juifs for­tunés nord-amé­ricains, il dém­entit cette rumeur, mais ajouta que si la bour­geoi­sie juive lui offrait son aide, il l’accep­te­rait volon­tiers car tout Juif devait sou­te­nir l’unique mou­ve­ment capa­ble de sauver litté­ra­lement sa peau (95).

    Trotsky ne conce­vait pas l’éman­ci­pation poli­ti­que (la conquête de l’égalité des droits civi­ques) et l’assi­mi­la­tion comme une solu­tion pos­si­ble au pro­blème juif. La révo­lution de 1917 ne pou­vait réussir à elle seule à rés­oudre la « ques­tion juive ».

     De ce fait, la vision de Trotsky est extrê­mement proche de celle de Marx dans La Question juive (1843). Trotsky ne dép­asse pas la vision de Marx, il l’exprime à tra­vers des exem­ples vivants illus­trant les pro­blèmes poli­ti­ques de son temps.    

    Le véri­table sens de l’arti­cle de Marx sur la « ques­tion juive » tend à être déformé par les mots durs et les termes en appa­rence antisé­mites employés dans ce texte. Mais une lec­ture atten­tive de l’arti­cle dém­ontre que Marx sou­te­nait, au moment même où l’assi­mi­la­tion des Juifs sem­blait indi­quer la fin du « pro­blème juif », que la société capi­ta­liste ne lais­se­rait jamais le Juif oublier qu’il était juif. L’éman­ci­pation finale des Juifs du judaïsme et de la société dans son ensem­ble ne pour­rait avoir lieu qu’après le dép­as­sement du système capi­ta­liste de pro­duc­tion et la révo­lution prolé­tari­enne mon­diale.

Dans des termes et dans un contexte bien différents, Trotsky exprima très tôt le même point de vue que Marx, bien qu’il n’ait jamais évoqué son arti­cle. C’est la vision dia­lec­ti­que de Trotsky qui lui permit d’abou­tir à la for­mu­la­tion de l’idée de la cons­truc­tion natio­nale juive après la révo­lution socia­liste mon­diale (en tant que néc­essité et non comme désir per­son­nel) et à prévoir de façon très pré­cise le tra­gi­que destin des Juifs après l’échec de la révo­lution en Europe.

    L’ori­gi­na­lité de sa vision sur la « ques­tion juive » a consisté à tou­cher l’essence de la « ques­tion juive », sans dép­endre de la lec­ture du texte de Marx et à partir de ses pro­pres connais­san­ces théo­riques et de l’obser­va­tion poussée de la réalité,.

Arlene Clemesha

 

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